
La publicité ne peut plus se contenter de valoriser les produits : elle doit augmenter leur valeur intrinsèque. Telle est l’ambition de la “star stratégie”, une méthode de travail lancée par Jacques Séguéla au début des années 80.
Co-fondateur en 1970 de l’agence RSCG (avec Roux, Cayzac et Goudard), Jacques Séguéla théorise la « star stratégie » dans « Hollywood lave plus blanc» en 1982. L’objectif de cette méthode créative est clair : en finir avec la “copy stratégie”, la méthode de travail qui prévaut dans la publicité et que tout commercial décline consciencieusement en quatre à six points : la cible de communication, l’objectif à atteindre, la « promesse » – c’est-à-dire la valeur ajoutée du produit – les preuves de cette valeur ajoutée, le ton de la communication et, enfin, les contraintes (techniques, légales, économiques…). C’est sur la base de cet exposé, relativement scolaire, que les créatifs sont censés élaborer leurs propositions (ou les justifier a posteriori, ce qui arrive assez fréquemment).
Pour Séguéla, la méthode de la « copy strat’ » présente un inconvénient majeur : elle vend le produit… comme un produit. Or les temps ont changé. Finie l’époque où il s’agissait d’inviter les ménages à s’équiper. L’enjeu est désormais de les inciter à réitérer l’acte d’achat. Pour arriver à ce résultat, la publicité ne peut plus se contenter de promettre (la satisfaction d’un désir) et de marteler (le nom de la marque). Elle doit passer de la valeur d’usage à la valeur d’image. Il lui faut certes valoriser le « physique » (les performances) du produit. Mais elle doit aussi sublimer son « style » (en repensant, si nécesssaire, son design) et lui insuffler un « caractère », à savoir des valeurs dans lesquelles l’acheteur aimera se reconnaître. En d’autres termes, la méthode de Séguéla agit en deux temps : elle fait du produit une personne puis de la personne une star. Quitte dans certains cas à mettre une star au service du produit. Comme pour woolite “recommandé” par Romy Schneider, Catherine Deneuve, Sylvie Vartan…
Aider la marque à accoucher de son “Physique”, de son “style” et de son “caractère” : la « star stratégie » est née. Son objectif : permettre à l’individu d’exprimer et d’afficher sa personnalité à travers son mode de consommation. L’ambition de la “star stratégie” sonne comme une évidence. Elle est en adéquation avec l’esprit des années 80 marquées par la réhabilitation de l’entreprise, la promotion de la réussite et la “culture jeune” de Jack Lang. Une méthode sans risque commercial excessif. Et avec moins de contraintes pour les créatifs. Ce qui conduit parfois Jacques Séguéla à confondre ses intérêts commerciaux avec ses préférences personnelles et ses préférences personnelles avec l’opinion des Français. Qu’importe. Il le fait avec beaucoup d’aisance. Aussi bien dans les médias que dans une quinzaine de livres. Autant pour donner son avis sur l’importance culturelle et économique de la publicité que pour faire son auto-promotion. Dans son esprit, les deux sont indisssociables. Pas question de s’effacer derrière le produit. La publicité est le fruit d’une co-production : celle de la marque (qui rappelons-le est, selon Séguéla, une personne) et celle du publicitaire (qui est une marque, ou du moins une partie de la marque de son agence).
- A lire, sur le net, deux des interviews les plus récentes de Jacques Séguéla : http://www.clinique-montaigne.fr/news/seguela-septembre-2008.html ; http://kermoal.typepad.fr/dailyneuvieme/2008/09/jacques-sgula-v.html
- le profil idéal de l’agence de publicité du XXIème siècle selon Jacques Séguéla : http://franckgintrand.wordpress.com/2008/11/26/seguela-les-10-vertus-de-lagence-du-xxie-siecle/
♦ Dans l’univers de la “pub”, Jacques Séguéla s’impose avec Citroën. Auprès du grand public, son nom reste indissociable de François Mitterrand. A la différence des tentatives malheureuses de Philippe Michel ou de Philippe Lorrin, ses campagnes politiques sont devenues des classiques. Peu importe qu’il ait – ou non – joué un rôle dans l’élection puis la réélection de François Mitterrand. Peu importe aussi qu’il n’ait pas renouvelé cet exploit pour d’autres candidats importants. Ses campagnes ont marqué de leur emprunte une période faste et désormais révolue de l’affichage politique. Egalement sur la communication politique :
Sur des sujets voisins :
- le look des hommes en politique : http://latribunelibredefranckgintrand.wordpress.com/2009/03/07/lhomme-daujourdhui/
- solgans et affiches de campagne politiques : http://lefilrougedelopinion.com/2008/12/01/les-slogans-politiques/ ; http://franckgintrand.wordpress.com/2008/09/10/affiches-de-campagne/
- la communication politique selon Mitterrand et Pilhan (en préparation) : http://franckgintrand.wordpress.com/2008/10/09/la-communication-politique-selon-mitterrand-et-pilhan/
[...] http://franckgintrand.wordpress.com/2009/01/13/segala/ [...]
Par Sur la communication corporate « Global Conseil : le Fil rouge de l’opinion & Tendances corporate le février 28, 2009
à 12:29
[...] Pour la définition de la copy stratégie, voir http://franckgintrand.wordpress.com/2009/01/13/segala/ (2) “Non la pub n’est pas l’art du mensonge” – Interview de Jean-Marie dru [...]
Par La disruption selon Dru « Franck Gintrand : Anté-clichés © de la post-modernité le avril 24, 2009
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[...] La fin du produit selon Séguéla : de la valorisation externe à la valorisation intrinsèque du produit [...]
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